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Son souvenir nous hante, détermine nos jugements. « Les Yeux dans les bleus », impressionnant documentaire sur la vie de l’équipe de France pendant la Coupe du Monde 1998, a changé notre regard sur les joueurs tricolores et sur le football en général. Qu’y voyait-on? De l’amitié, de la fraternité même à certains moments. Une folle envie de gagner ENSEMBLE, que sa place soit sur la pelouse ou sur le banc, près de Philippe Bergeroo. Et puis du respect. Une scène seulement: Laurent Blanc (coïncidence?) demande avec politesse à Aimé Jacquet de lui signer des posters pour ses proches et lui rapporte que ses coéquipiers ont « imité la signature du coach » de peur de le déranger…Tout était beau, parfait, exemplaire.

Bisounours

Et si tout cela n’était qu’une imposture? Et si on acceptait enfin de juger « Les yeux dans les Bleus » comme un film, avec ce que cela s’implique comme montage et scénarisation? Et si on acceptait enfin de ne plus croire aux Bisournours triclolores? Si la France a remporté la Coupe du Monde il y a 12 ans, ce n’est pas parce que les joueurs s’aimaient (pensons simplement aux tensions entre Barthez et Lama, que le réalisateur Stéphane Meunier omet d’évoquer) mais parce qu’ils étaient bien préparés, bien managés, bien encadrés par des leaders sur le terrain incontestables (Deschamps, Blanc)…et parce qu’ils ont eu la chance dont bénéficient toujours les champions (but en or contre Paraguay, séance de tirs aux buts favorable contre l’Italie, incroyable doublé de Thuram contre la Croatie, malaise de Ronaldo en finale).

Il y a quelques semaines, Vikash Dhorasoo expliquait qu’en quinze ans de carrière, dont 2 mois pendant l’été 2006 (à la Coupe du monde), il n’avait jamais vu de scènes similaires à celles des « yeux dans les Bleus ». Le football professionnel, ajoutait-il, c’est de la compétition contre d’autres équipes bien sûr, mais aussi contre son partenaire pour garder ou conquérir une place de titulaire. Tout le monde a l’air heureux dans les yeux dans les Bleus, de Thuram à Dugarry, en passant par le magasinier. Comme dans les Bisounours…Révéillons-nous, ce n’était qu’un rêve, très bien conçu il est vrai…

Un dernier mot sur ce week-end cataclysmique: c’est une honte. Juste une honte. Ces joueurs ne s’aiment pas? Pas grave et surtout fréquent. En 1982, après le premier match de la Coupe de Monde Angleterre-France (3-1), Michel Platini et ses sbires réussissent à convaincre Michel Hidalgo d’avoir la peau de Jean-François Larios. Les complots en équipe de France, une belle coutume.

Jean-François Larios

Non, ce qui nous révulse, c’est la manière incroyablement arrogante avec laquelle ces joueurs portent le maillot tricolore. Ils se pensent seuls, ou tout du moins considèrent le public comme un élément tout à fait négligeable. Cette équipe de France ne joue pas pour la France, c’est tout. Et  c’est suffisant pour réussir à se mettre à dos un pays tout entier. Demain, il faudra reconstruire. Mais cette fois-ci, nous ne ferons pas notre route avec l’idée, si réjouissante et si naïve à la fois, que le foot est toujours, au plus haut niveau, une affaire de potes…