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Quelques uns ont pleuré (à commencer par notre cher Aimé), beaucoup ont gueulé (RMC mon amour), et la grande majorité a répété qu’elle le savait… Oui, la France est bientôt éliminée et risque en plus de finir avec autant de point que la Nouvelle Zélande. Dans la légende.

« Victory has a thousand fathers; defeat is an orphan ». JFK. Bon, pour ceux qui ont perdu l’adresse de leur prof d’anglais, je traduis: « La victoire a cent pères; la défaite est orpheline ». Domenech doit se sentir bien seul depuis hier soir (et puis Estelle est loin, bloquée entre Luce et Alain Manoukian…). Toute la France est contre lui. La sagesse talmudique dit que lorsqu’un homme est condamné par l’ensemble des jurés, le verdict n’est pas valable. Pourquoi? Eh bien parce qu’une certaine représentation de la situation a aveuglé l’assemblée. Domenech a merdé, c’est clair. Domenech aurait dû être viré depuis 2008, pas de doute. Mais est-il le seul coupable? Sauf à considérer que Raymond a désormais une petite barbe, les cheveux rasés et porte le numéro 21, non…

Je voudrais mettre en avant 3 points qui m’apparaissent centraux dans l’analyse de cette déchéance:

1) Entre arrogance et indolence

Les Français se sont vus trop forts, trop hauts, trop vite. Rappelez-vous du mois de décembre, avec son froid polaire et son Ballon de plomb attribué à Mateja Kezman. Lorsque Charlize Theron, toute de rouge vêtue (la couleur du sang de la vindicte populaire?), tire comme adversaires de la France au 1e tour l’Uruguay, le Mexique et l’Afrique du Sud, tout le monde s’est mis à imaginer le scénario suivant:

« Bon on finit premier, facile. Ca nous permet d’éviter l’Argentine en 8e finale et d’affronter l’Angleterre en 1/4. Oh la la! France-Angleterre! La revanche de l’Euro 2004, mais cette fois-ci sans Zidane. L’affrontement Ribéry VS Rooney, comme dans la pub Nike! Etc… »

En clair, l’Uruguay est une équipe de catcheurs depuis leur dernier succès en 1950. Certes Forlan est pas mal, mais bon, c’est pas non plus Drogba. Quant au Mexique…Le Mexique? Non rien, rien à dire sur le Mexique. Ah si, y a toujours le type qui fait le truc du crapaud (Blanco)? Sympa les Mexicains, les tapas, les tapas…Les rares doutes émis concernaient l’Af Sud qui, en tant que pays organisateur, pouvait nous poser des problèmes. Résultat: 0-0 contre l’Uruguay, 2-0 contre le Mexique et un mince espoir de mettre 4-0 aux Bafanas Bafanas pour espérer se qualifier. Bon, faut réserver les billets retours…

Au vu de la prestation de certains joueurs, on se dit que ce départ par la petite porte ne manquera pas aux amateurs de football. Comment peut-on imaginer qu’un joueur ne court pas pendant un match de Coupe du monde alors que son équipe risque l’élimination? Si un footballeur professionnel s’ennuie alors que le monde l’envie, quand pourra-t-il s’épanouir? Dans un match de Coupe de la Ligue???

Dans quelle autre équipe a-t-on vu aussi peu de solidarité? Me revient à l’esprit ce magnifique propos de Mickael Landreau, il y a quelques semaines dans Libération. Voilà ce qu’il dit de son ancien coéquipier à Nantes, l’Argentin Nestor Fabbri:

Il avait ce… ce truc, cet esprit de sacrifice qui vous poussait à faire le maximum pour effacer une erreur éventuelle de sa part. C’est le foot : si je ne prends pas ce but-là, j’efface l’erreur du défenseur. Le collectif qui protège l’individu à une époque où tout le monde se protège en rejetant la faute sur le voisin.

Nestor

Revoyez  les deux buts mexicains. Abidal se plante deux fois mais observez bien ce qui se passe autour de lui. Moi je n’ai vu que des ambulances (Gallas puis Evra) s’arrêter pour contempler le crash…Pas étonnant dès lors qu’un joueur comme Gourcuff, symbole d’un football différent, soit resté sur le banc. Il n’avait pas sa place dans une telle équipe.

2)Insuffisances tactiques

Le débat sur le 4-3-3 et le 4-2-3-1 a fini par me lasser. D’une part, parce qu’il est vain, la plupart des coachs s’accordant pour dire que l’alignement tactique compte moins que l’animation. D’autre part, en raison de l’incroyable capacité des commentateurs à détruire ce qu’ils se sont efforcés de bâtir la veille, et inversement. Combien de fois a-t-on entendu des « spécialistes » comme Christophe Dugarry ou Bixente Lizarazu proclamer, sur tous les plateaux radio et télé, que l’avenir était au 4-3-3? Quelques semaines plus tard, on entend les mêmes expliquer tout aussi doctement que le 4-3-3 est une mauvaise option et que cette équipe doit jouer en 4-2-3-1…

Juste un mot sur Domenech. Voilà ce que disait Gourcuff après le premier match contre l’Uruguay (cité par Libération):

« On s’attendait à un gros pressing. Mais les Sud-Américains nous ont attendus. On n’était pas forcément préparé à ça ».

Traduction: Domenech s’est planté.

Qu’a-t-on vu hier en défense? Deux défenseurs axiaux jouaient très haut (cf. cette animation très parlante), en dépit, d’une part, de la lenteur de l’un d’entre eux (Gallas) et, d’autre part, de la rapidité supersonique des attaquants mexicains. Encaisser deux buts de la sorte n’est pas à cette aune tout à fait illogique.
Conclusion 2: Domenech n’a plus (pas) d’idée sur le plan tactique et ne mérite plus sa place. Bon, en même temps, ça fait quelque temps qu’on s’en doutait un peu…

3) Une mauvaise préparation des corps?

Enfin, dernier  élément à prendre en considération dans cet échec, la préparation physique. Il y a deux jours, l’Equipe publiait un petit papier tout à fait instructif sur les méthodes de Robert Duverne. On y apprenait notamment que le programme avait consacré une large place à l’aérobie, soit le travail permettant aux organismes de répéter les efforts dans le temps. Voilà ce que déclare Eric Blahic, préparateur physique de Guingamp (Remember Sthéphane Carnot) et proche de Duverne:

« C’est la façon de travailler de Robert. (…) Il a d’abord insisté beaucoup sur l’aérobie lors de la préparation, afin que l’équipe soit en pleine possession de ses moyens lors du deuxième tour. C’était déjà le cas en 2006″.

Déjà la tête au tour suivant. Est-ce blâmable? Pas forcément. De manière générale, une grande nation (comme est censée l’être la France) doit au moins viser une place en quart. Il lui faut donc économiser ses forces contre les équipes « faibles » pour mieux se préserver. Mais il n’est pas certain que ce choix ait été la meilleure option pour cette France 2010 où les présumés titulaires étaient des joueurs soit usés (Gallas, Henry, Govou) soit en manque de confiance (Ribéry, Gourcuff). Tous ont semblé n’être pas en mesure de répondre physiquement présents au rendez-vous du premier tour. Tous ont semblé manqué de souffle. Et d’inspiration.

Aujourd’hui, 18 juin 2010, jour de l’appel. A un sauveur. Le général Blanc?

Ca y est, c’est le jour J! Au jourd’hui, on devrait savoir ce que cette équipe de France tant décriée a dans le ventre. Les trois matchs de préparation ont permis de voir les forces et les faiblesses de cette sélection en 4-3-3, mais ce n’était que des matchs de préparation. La Coupe du Monde c’est autre chose. Surtout pour des hommes, compétiteurs dans l’âme, habitués depuis leur plus jeune âge à joueur pour gagner. Gagner, gagner et gagner, peu importe la manière (sauf peut-être chez les Gourcuff). Le changement, ce n’est pas tant l’adversaire qui en est le facteur que l’atmosphère, le contexte: ce qui se passera à partir du 11 juin sera dans les livres d’histoire du foot et les bouquins d’Eugène Saccomano.

Qui se souviendra du match contre la Chine dans 10 ans? Par contre, un premier match de Coupe du monde reste gravé dans les mémoires des footeux: France-Paraguay 1958 (7-3 et un triplé pour Justo Fontaine), France-Angleterre 1982 (1-3, et quatre joueurs qui perdent leur place pour le match suivant (Amoros, Janvion, Genghini et Lacombe), France-Canada 1986 (1-0, Papin), France-Afrique du Sud 1998 (3-0 et un Pierre Issa de folie…), France-Sénégal 2002 (0-1, la liesse dans mon quartier du 18e arrondissement et le début de la fin pour les Lemerre boys), France-Suisse 2006 (0-0, miteux). Un premier match ne détermine certes pas nécessairement  la suite de la compétition (cf. 1982 et dans une moindre mesure 2006) mais il peut donner une dynamique positive (1958, 1986, 1998) ou négative (2002). De là à entendre dire par Domenech que « le premier match n’est pas décisif »…

Les clés du match

1. Anelka aime-t-il toujours les sapins?

On est revenu dans un précédent post sur les difficultés d’Anelka lors des matchs de préparation. Il devrait toutefois à priori débuter le match comme titulaire. Un mot supplémentaire donc sur son positionnement. Si Nico continue d’être le premier choix de Domenech, autant le mettre dans les meilleures conditions. Or, tout le monde le sait, Anelka aime décrocher, pour toucher le ballon et sortir de son isolement. Dans les matchs de préparation, ça n’a pas montré beaucoup d’intérêt et ça a même fini par en agacer certains. Mais les décrochages d’Anelka ne sont pas toujours inefficaces: à Chelsea, pendant l’hiver dernier, Anelka a brillamment joué dans le système dit du « sapin de Noël », mis en place par Ancelotti (et déjà vu à Milan) en l’absence de Didier Drogba.

Sapin de Nöel

Une telle formation marchait du tonnerre notamment du fait des espaces créés par Anelka dans la défense, son défenseur le suivant dans ses mouvements vers l’arrière. Et qui en profitait pendant ce temps-là pour perforer l’axe central? Malouda (et Joe Cole)!

(à partir de 1’56. Regardez bien le ralenti surtout)

En Equipe de France, Malouda semble, pour l’heure, devoir se satisfaire d’une place plus reculée, à peine plus haut que Toulalan. C’est donc à Ribéry que doit revenir ce rôle. Lors des trois derniers matchs, le Bavarois s’est contenté d’accélérer en ligne droite, « plongeant » dans le trou trop rarement. L’espace créé par Anelka ne profitait donc à personne. Et Govou n’a pas fait mieux, loin de là.

cf. cette image de zonalmarking (Anelka en rose)

Il est fort probable que Domenech et son staff aient demandé à Ribéry de redresser le tir ce soir contre l’Uruguay. On imagine fort bien dans ce schéma les combinaisons à trois Anelka-Gourcuff-Ribéry ou Anelka-Malouda/Govou (la position basse de Gourcuff lui offrant un avantage précieux dans la vision large du jeu et des « ouvertures » possibles). Ce schéma, formé par mes soins, explique ce à quoi cela pourrait ressembler (Les noms suivis d’un 1 désignent la position de base du joueur tandis que les traits désignent les passes).

Sapin français

2. Des Uruguayens en 3-5-2?

L’une des particularités tactiques du groupe de la France tient au fait que des deux trois adversaires des Bleus jouent avec une défense à 3: Mexique en 3-4-3 et Uruguay en 3-5-2. le 3-5-2 est un système très peu courant aujourd’hui mais il est probable toutefois que le sélectionneur Oscar Tabarez le conserve. Il faut s’attendre à voir une équipe très rude, dure sur l’homme et un peu (beaucoup) vicieuse. En Uruguay, ils appellent ça la garra. En clair, c’est pas le bon soir pour faire jouer Valbuena… On va avoir droit à des tacles par derrière, des duels bien physiques sur les corners et quelques provocations pour le plaisir…

Concernant le positionnement tactique, Tabarez a coutume de muscler l’axe central (3 défenseurs + 2 joueurs placés devant eux). Il faudra donc essayer de passer un maximum sur les ailes. Le 3-5-2 est à la fois intéressant et problématique pour son jeu sur les côtés. Dans la Celeste, c’est les Pereira, Maxi et Alvaro (aucun lien) qui animent les flancs. Mais attaquer et défendre, ça peut finir par vous épuiser un homme. Il y a donc sûrement une vraie chance à joueur pour les Bleus. Pour faire du mal à cette équipe dont l’axe central sera costaud, il faudra chercher à bien écarter le jeu et percer sur les côtés. Vas-y Francky, c’est bon!

En attaque, le talent du duo Forlan-Suarez est bien connu. Attention également à Gonzalez, en soutien des deux attaquants, qui a montré de très belles choses contre Israël (4-1). Forlan décrochant pas mal, la doublette Gallas-Abidal aura probablement besoin du soutien de Toulalan. Je vous mets ci-dessus les formations attendues (avec peut-être deux changements chez les Uruguayens: Victorino à la place de Scotti et Rios à la place de Gargano).

Pronostic: Un bon petit 0-0 avec une bataille féroce au milieu de terrain.

Allez les Bleus!