Articles Tagués ‘Ricardo PSG’

Les quatre mousquetaires

 

Nasser et Léo

 

20 ans après Canal Plus, le Qatar investit le PSG pour en faire, à coups de transferts retentissants, un grand club européen. Pastore, Menez, Sissoko,les nouveaux Ginola, Weah et Raï?

 

1991, le Paris-SG intègre une nouvelle galaxie. Canal+ entre dans la danse et veut faire de l’hôte du Parc des Princes un grand de France. Lui faire passer un cap. L’installer définitivement au sommet hexagonal, au côté de l’OM de Bernard Tapie, bien content de trouver un adversaire à sa taille. Demain la France, après-demain l’Europe.
2011. 20 ans après la chaine cryptée, la Qatar Sport Investments (QSO) s’offre un club dont les supporters se réveillent tous les matins ou presque en apprenant qu’une « star » a décidé de porter le maillot bleu et rouge pour les saisons à venir. Pastore, Menez, Matuidi, Sissokho, demain peut-être Berbatov. Finis les Kezman, Baning et autre Sammy Traoré. Un conte de fée, un retour en enfance inespéré. Et le tout ambiancé par Mister Leo qui incarne, par son style et son histoire, un peu de la gloire passée du PSG made in Canal. Une gloire que le cheikh Tamim al Thani, relayé par celui qu’on appelle déjà dans la capitale « Nasser » entendent bien ressusciter au rythme des pétrodollars. Aujourd’hui la France, demain l’Europe.

Portraits croisés de ces deux « nouveaux PSG », si proches en apparence, si éloignés en fait.

 

Smart power

Première convergence, la corrélation PSG-médias. L’achat du club parisien, en 1991 et en 2011, se réalise dans un contexte global d’acquisition des droits télévisuels du championnat français. La principale motivation de Canal + au début des années 90 est de promouvoir son produit phare, avec le cinéma : les matchs de football. Dès lors, quoi de mieux pour maintenir un spectacle de qualité en Division 1 que de faire main basse sur le club de la capitale ? En relevant la tête du champion 86 pour en faire à moyen terme un candidat crédible au titre, Canal vise le coup à deux bandes : 1) Insuffler un vent de compétition dans un championnat ultra-dominé par Marseille depuis 1989 ; 2) Et surtout, sur le plan économique, accroître le nombre d’abonnés de la chaîne payante. CQFD.

 

Aujourd’hui, la QSI acquiert le club au moment même où elle devient pour la première fois diffuseur de certains matchs de L1 et détenteur des droits à l’étranger. Mais si la stratégie d’André Rousselet et de Pierre Lescure, les deux boss du PSG des 90’s, était clairement focalisée sur le développement de leur chaine (au point qu’ils refuseront le titre de Champion de France en 93, que la Ligue avait retiré aux Tapie’s Boys suite à l’affaire VA-OM, de peur de perdre des abonnés dans le Sud…), les Qataris n’ont qu’une idée en tête : s’assurer une légitimité dans le monde sportif et développer par ce biais l’image du pays à l’étranger. Après la télévision (Al Jazeera, Al Jazeera Children, Al Jazeera Sport), le sport – et plus particulièrement celui le plus populaire sur la planète – participe en effet de la politique de smart power des princes de Doha. Le PSG, Malaga, les droits télés, et bien sûr la Coupe du Monde 2022 en apothéose : autant d’éléments d’un puzzle construit intelligemment à coup de centaines de millions. En 2011 comme en 1991, le PSG n’est donc qu’un moyen mis au service d’une ambition plus large. Ca décevra peut-être les romantiques et autres lecteurs de Kant ; ça contentera tous les autres, surtout si la victoire est au rendez-vous.

 

Qatar 2022

 

 

Chirac, Berlusconi, Sarkozy

 

Deuxième convergence, le soubassement politique de la vente. Il y a vingt ans, la Mairie de Paris avait joué un rôle non négligeable dans la reprise du PSG par Canal +. L’édile de la Ville, un certain Jacques Chirac, avait alors confié à Pierre Lescure privilégier une « solution franco-française ». Après avoir écarté dans les années 1980 une proposition saoudienne, la mairie craignait par dessus tout l’arrivée d’un riche magnat (des médias déjà!) qui venait de réussir une entrée très remarquée dans le monde du football : Silvio Berlusconi, patron du grand Milan de Sacchi. « Sua Emittenza » lorgnait en effet sur le club de la capitale, une perspective néfaste pour un Chirac soucieux de garder la main sur le PSG, dont il n’appréciait par ailleurs pas franchement les exubérances sous l’ère Borelli.   Mais l’important demeurait de maintenir le pouvoir suffisamment éloigné de « Silvio », alors perçu comme proche de Mitterrand depuis la création de la « Cinq ».

 

Dès 2006, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur puis Président de la République,  a constitué l’un des premiers soutiens de la cause qatarie ? Nul autre que l’émir Hamad al-Thani ne présentait un profil plus avantageux pour succéder au très économe Colony Capital. Et puis l’émir est un ami, un partenaire stratégique dans la région et surtout un client privilégié de l’industrie française. Pour le premier supporter du PSG, Apoula, Jean-Eudes and Co, ça va un moment. Stranger is now good. Cheikh is beautiful. Peut-être que de savoir le cheikh est un grand fan des Rossoneri réconfortera l’homme au bronzage permanent…

 

"Alors ça c'est pour chaque titulaire..."

Colleter VS Pastore

Dernière convergence enfin, le recrutement. Les stars, le PSG n’a jamais cessé d’en rêver, cherchant par tous les moyens à les attirer, avec plus ou moins de succès : Djorkaeff (père), Platini (raté de peu avant son départ pour la Juve), Susic, etc. A leur arrivée en 1991, les dirigeants de Canal + s’activent également pour renforcer considérablement leur équipe : Pardo, Germain, Fournier (les trois échangés contre Angloma qui débarque alors à Marseille), Lama, Colleter, Le Guen. La vraie star du mercato parisien s’appelle Ricardo, capitaine du Benfica arraché pour 30 millions de francs. Pas mal, mais très loin des Mozer, Francescoli, Waddle et autre Beckenbauer (sur le banc) que Tapie installe sur la Canebière. Paris visera l’année d’après Jurgen Klinsmann avant de se rabattre sur l’attaquant libérien de Monaco, Georges Weah. De très bons joueurs de Division 1, mais pas l’ombre d’un membre du gratin footballistique mondial. A moins de voir en Géraldao, sombre défenseur du FC Porto en surcharge pondérale constante, l’ancêtre de Pepe… Il faudra attendre deux ans pour que le club de la capitale accueille une véritable star, Raï, frère du lumineux Socrates et capitaine du Brésil, bientôt champion du monde.

La comparaison des recrues respectives apparaît ainsi comme le critère le plus satisfaisant pour identifier le saut qualitatif permis par l’arrivée d’un nouveau repreneur. Quand Canal s’offrait de (très) bons joueurs de D1 ou des espoirs talentueux, la QSI frappe bien plus fort aujourd’hui en recrutant le futur gardien de la sélection italienne (Sirigu), le titulaire en puissance du couloir droit des Bleus de Laurent Blanc (Menez) et surtout la pépite argentine Javier Pastore à qui les plus grands clubs faisait la cour. Pastore à Paris, c’est le Ballon d’or 87 Gullit à Milan, Luis Figo au Real en 2000, Crespo à Chelsea en 2003, Robinho à Man City en 2008, soit autant de joueurs qui viennent signifier au monde entier que le club boxe désormais dans une autre catégorie. Les poids lourds.

Un dernier paradoxe demeure néanmoins, peut-être pas pour très longtemps d’ailleurs : l’arrivée d’un riche investisseur s’accompagne très souvent de celle d’un entraîneur de standing, bardée de titres ou à tout le moins très recherché pour ses compétences et son « aura » sur les stars. Sur le banc du PSG 91, on retrouvait un homme à moustache – accompagné d’un adjoint à moustache Denis Troch -, vainqueur de la Coupe des Champions 1987 avec Porto : Arthur Jorge, déjà connu en France pour une première expérience au Matra Racing de Lagardère. La crème de la crème. De son côté, Antoine Kombouaré, malgré ses qualités, semble loin de pouvoir intégrer aujourd’hui le top 20 des coachs européens. Alors, quel destin pour « Casque d’or » ? Celui de Mark Hugues à Manchester City, viré après 4 mois au profit de Roberto Mancini ? Ou celui d’Arrigo Sacchi, jeune entraîneur de 40 ans à Parme lorsqu’il est choisi à la surprise générale par Berlusconi en 1987 et qui finira par révolutionner le football en hissant le Milan AC sur les cimes continentales ?

 

Pour le plaisir…

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Salut à tous!

C’est bon, ton maillot Brésil Nike 98 floqué « Ronaldo 9 » en caractères verts est déjà posé sur la télé, ta playlist « Samba » sur ton Ipod fête son jour de gloire aujourd’hui et tu as acheté l’Equipe tôt ce matin pour apprendre par coeur le nom des nouvelles « stars » de la Selecao sur lesquelles tu ne tariras pas d’éloge ce soir avec des potes, et ce avant même le début du match. Ce soir, tu as dit à ta femme ou à ta mère que c’était « the » match, « football champagne » VS « football samba ». Et donc qu’il serait bienvenue de vous laisser entre potes…

« SOUVENIRS, SOUVENIRS »

Le problème avec les amateurs professionnels de foot – et je m’inclus dans cette catégorie, chers lecteurs -, c’est qu’ils vivent souvent avec des souvenirs pleins la tête qui entravent la perception juste du réel. Parce que ce soir, ne rêvons pas, il n’y aura ni Zico, ni Zidane, ni Ronaldo sur la pelouse. A la limite, peut-être un petit Luis Fernandez dans les tribunes, mais en pantalon et chemise Lacoste…France-Brésil, pour les plus de 30 ans, c’est évidemment 86, Platini buteur mais Fernandez sauveur, la victoire du carré magique contre le « Football samba » du grand Télé Santana.

Le Pelé blanc mis en échec par "Jojo"

Pour la tranche d’âge inférieure, France-Brésil, c’est 1998, la 1e victoire française en Coupe du Monde, les (premiers) coups de boule de Zidane dans la tête de Taffarel, Thierry Roland en transe et Chirac et les Champs-Elysées en délire. Et pour les encore plus jeunes, France-Brésil, c’est 2006, peut-être la plus belle de toutes les confrontations, tant la France, Zidane surtout, aura été brésilienne ce soir-là. Un régal, un souvenir inoubliable.

(avec aux commentaires Thierry Gilardi)

 

LES STARS NE SONT PLUS BRESILIENNES NI FRANCAISES

Et ce soir alors? Sauf à comparer Laurent Koscielny (qui malgré toutes ses qualités n’est pro que depuis peu) à Thuram et André (non pas Dédé Krief, André la dernière recrue bordelaise) à Ronaldinho, on est très loin d’une opposition digne – en tout cas sur la papier – de celles offertes par les dernières rencontres. Comme le note justement Marc Hevez sur Sofoot.com, quasiment aucun des joueurs sélectionnés pour ce match amical ne représente une star actuelle du football mondial, à l’image de Zidane, Ronaldo ou Vieira d’hier, à l’exception de Hugo Lloris. Côté français Ribéry et Evra sont absents, Benzema n’est toujours pas un titulaire indiscutable du Real Madrid, la défense est composée de joueurs pleins d’avenir (Sakho,Rami, Koscielny peut-être) et d’ancien joueur promis à un grand avenir (Mexès). Quant à la Selecao, les deux stars de l’équipe n’ont pas véritablement atteint le sommet interntional: le capitaine Robinho n’a jamais véritablement percé en Europe de manière régulière, et Pato, certes brillant, est encore en-dessous Ibrahimovitch au Milan AC. Evidemment, on attend énormément du énième nouveau Pelé, Neymar, absent ce soir pour cause de championnat sud-américain des moins de 20 ans.

UN BRESIL SUR LA DEFENSIVE?

Autre élément intéressant à constater, les Brésiliens dont on entend le plus parler ces derniers temps sont des…défenseurs. En attaque, le trio de tête mondial est composé de Messi, Cristiano Ronaldo et Ibrahimovitch. Pas de Brésilien donc (certes, Brandao arrive 4e…). Par contre, de Maicon à Dani Alves, en passant par David Luiz (nouveau cadeau de Abramovitch offert à Chelsea) et Thiago Silva (impressionnant avec Milan), les défenseurs brésiliens dominent les défenses du monde. Et dire que Paris et Bordeaux avait ouvert la voie avec Ricardo et Marcio Santos…

Marcio Santos n'aurait pas été Marcio Santos sans l'aide à ses côtés de Jean-Luc Dogon

Est-ce à dire que ce France-Brésil s’annonce comme un match ennuyeux et fermé? Pas sûr. Les quatre dernières victoires de l’Equipe de France ont montré que, bien que recherchant en priorité la victoire pour retrouver cette confiance perdue en Af Sud, Laurent Blanc prônait toujours une philosophie de jeu plutôt offensive. Certes, le « Président » n’a pas oublié que toute équipe ne peut espérer atteindre les sommets sans une base solide défensive; il a ainsi installé et affirmé toute sa confiance au triangle « Mexès-Rami-Diarra », tout en motivant Sakho et dernièrement Koscielny par des déclarations assez dithyrambiques. Mais Lolo aime le jeu. Et comme en face, le sélectionneur brésilien Mano Menezes est un adepte du « joga bonito », on pourrait peut-être prendre un certain plaisir ce soir devant notre télé. Loin des France-Brésil 86 et 2006, mais loin aussi des matchs de L1 du dimanche soir…