Articles Tagués ‘Luis Fernandez’

Salut à tous!

C’est bon, ton maillot Brésil Nike 98 floqué « Ronaldo 9 » en caractères verts est déjà posé sur la télé, ta playlist « Samba » sur ton Ipod fête son jour de gloire aujourd’hui et tu as acheté l’Equipe tôt ce matin pour apprendre par coeur le nom des nouvelles « stars » de la Selecao sur lesquelles tu ne tariras pas d’éloge ce soir avec des potes, et ce avant même le début du match. Ce soir, tu as dit à ta femme ou à ta mère que c’était « the » match, « football champagne » VS « football samba ». Et donc qu’il serait bienvenue de vous laisser entre potes…

« SOUVENIRS, SOUVENIRS »

Le problème avec les amateurs professionnels de foot – et je m’inclus dans cette catégorie, chers lecteurs -, c’est qu’ils vivent souvent avec des souvenirs pleins la tête qui entravent la perception juste du réel. Parce que ce soir, ne rêvons pas, il n’y aura ni Zico, ni Zidane, ni Ronaldo sur la pelouse. A la limite, peut-être un petit Luis Fernandez dans les tribunes, mais en pantalon et chemise Lacoste…France-Brésil, pour les plus de 30 ans, c’est évidemment 86, Platini buteur mais Fernandez sauveur, la victoire du carré magique contre le « Football samba » du grand Télé Santana.

Le Pelé blanc mis en échec par "Jojo"

Pour la tranche d’âge inférieure, France-Brésil, c’est 1998, la 1e victoire française en Coupe du Monde, les (premiers) coups de boule de Zidane dans la tête de Taffarel, Thierry Roland en transe et Chirac et les Champs-Elysées en délire. Et pour les encore plus jeunes, France-Brésil, c’est 2006, peut-être la plus belle de toutes les confrontations, tant la France, Zidane surtout, aura été brésilienne ce soir-là. Un régal, un souvenir inoubliable.

(avec aux commentaires Thierry Gilardi)

 

LES STARS NE SONT PLUS BRESILIENNES NI FRANCAISES

Et ce soir alors? Sauf à comparer Laurent Koscielny (qui malgré toutes ses qualités n’est pro que depuis peu) à Thuram et André (non pas Dédé Krief, André la dernière recrue bordelaise) à Ronaldinho, on est très loin d’une opposition digne – en tout cas sur la papier – de celles offertes par les dernières rencontres. Comme le note justement Marc Hevez sur Sofoot.com, quasiment aucun des joueurs sélectionnés pour ce match amical ne représente une star actuelle du football mondial, à l’image de Zidane, Ronaldo ou Vieira d’hier, à l’exception de Hugo Lloris. Côté français Ribéry et Evra sont absents, Benzema n’est toujours pas un titulaire indiscutable du Real Madrid, la défense est composée de joueurs pleins d’avenir (Sakho,Rami, Koscielny peut-être) et d’ancien joueur promis à un grand avenir (Mexès). Quant à la Selecao, les deux stars de l’équipe n’ont pas véritablement atteint le sommet interntional: le capitaine Robinho n’a jamais véritablement percé en Europe de manière régulière, et Pato, certes brillant, est encore en-dessous Ibrahimovitch au Milan AC. Evidemment, on attend énormément du énième nouveau Pelé, Neymar, absent ce soir pour cause de championnat sud-américain des moins de 20 ans.

UN BRESIL SUR LA DEFENSIVE?

Autre élément intéressant à constater, les Brésiliens dont on entend le plus parler ces derniers temps sont des…défenseurs. En attaque, le trio de tête mondial est composé de Messi, Cristiano Ronaldo et Ibrahimovitch. Pas de Brésilien donc (certes, Brandao arrive 4e…). Par contre, de Maicon à Dani Alves, en passant par David Luiz (nouveau cadeau de Abramovitch offert à Chelsea) et Thiago Silva (impressionnant avec Milan), les défenseurs brésiliens dominent les défenses du monde. Et dire que Paris et Bordeaux avait ouvert la voie avec Ricardo et Marcio Santos…

Marcio Santos n'aurait pas été Marcio Santos sans l'aide à ses côtés de Jean-Luc Dogon

Est-ce à dire que ce France-Brésil s’annonce comme un match ennuyeux et fermé? Pas sûr. Les quatre dernières victoires de l’Equipe de France ont montré que, bien que recherchant en priorité la victoire pour retrouver cette confiance perdue en Af Sud, Laurent Blanc prônait toujours une philosophie de jeu plutôt offensive. Certes, le « Président » n’a pas oublié que toute équipe ne peut espérer atteindre les sommets sans une base solide défensive; il a ainsi installé et affirmé toute sa confiance au triangle « Mexès-Rami-Diarra », tout en motivant Sakho et dernièrement Koscielny par des déclarations assez dithyrambiques. Mais Lolo aime le jeu. Et comme en face, le sélectionneur brésilien Mano Menezes est un adepte du « joga bonito », on pourrait peut-être prendre un certain plaisir ce soir devant notre télé. Loin des France-Brésil 86 et 2006, mais loin aussi des matchs de L1 du dimanche soir…

Le spectacle d’hier nous a fait mal. Bien sûr, on n’attendait plus grand chose de cette équipe qui aura sombré corps et âme dans cette Coupe du Monde, naufrage inégalé  dans l’histoire des grandes nations de football (Brésil, Allemagne, Argentine, Italie, etc.). La composition d’équipe avait réussi à éveiller en nous quelques espoirs d’un sursaut venu des tripes, espoirs que l’on savait en même temps vains. Avec Squilacci, Diarra, Cissé, Gignac dans le 11, on ne tenait pas une brochette de Brésiliens à l’horizon, plutôt des joueurs connus pour leur mental solide et leur abnégation sur un terrain. Et au regard de la véritable dépression qui a frappé la maison bleue ces derniers jours, un tel choix ne semblait pas illogique.

Cela n’a pas suffi. Les Bleus ont encore perdu, à la suite d’une performance anémique, sans souffle, sans jambes, sans rien… Les 25 minutes qui ont séparé le premier but sud-africain (Khumalo, 20′) de la mi-temps ont semblé durer des heures pour les Bleus. 1-0, expulsion de Gourcuff (25′), 2e but sud-africain (Mphela, 37e), sauvetage de Lloris (41′): l’équipe de France s’est noyée, dans des eaux si profondes qu’on pensa que la France quitterait la Coupe du monde 2010 sur une terrible humiliation. Depuis notre écran, on a vu ces joueurs complètement paralysés par l’incroyable scénario dont, après avoir été les acteurs, ils  devenaient les victimes impuissantes. Le deuxième but caractérise bien ce qui a manqué hier pendant cette première mi-temps, terrible: le porteur du ballon a systématiquement devant lui deux mètres au moins avant de croiser un adversaire français. Tout le temps de lever la tête, d’éliminer, de centrer, de marquer. Pas de pressing, pas de marquage, pas d’impact physique. Les Bleus ont lâché prise hier devant les caméras du monde entier.

L’Equipe titrait ce matin sur « La fin d’un monde ». « La fin du siècle » aurait fait aussi un bon titre. La fin du siècle? Oui, celui qui se poursuivait depuis notre double victoire 1998-2000. La France du foot vit depuis cette date sur un nuage, celui de la supériorité de sa sélection. Champions du monde, nous avons été, champions du monde nous resterons, même sans gagner de titres… Et la finale de 2006? Oui justement la « finale » de 2006, pas le titre!!! 2002, 2004, 2008, 2010, quatre dates (Coupes du monde, Euros) qui nous appellent à l’humilité. En 2002, un nul, deux défaites: ONE POINT. Comme  à l’Eurovision… En 2004, la France est sortie en quarts par la Grèce, future championne d’Europe, mais qu’on peut difficilement considérer comme une grande équipe. 2008: un nul, deux défaites: ONE POINT. Comme toujours à l’Eurovision. 2010: ONE POINT. Conclusion: la France n’est plus une grande équipe.

Nous vivons précisément ce qu’a vécu la génération post-Platini. Deux fois demi-finaliste de la Coupe du Monde (1982 et 1986), championne d’Europe (1984), la France a eu beaucoup de mal à poursuivre son ascension, désormais délestée de « Platoche », « Gigi », « Luis » et consorts. Résultats? Pas qualifiés pour l’Euro 88 et la Coupe du Monde 1990, les Bleus sont sortis au premier tour de l’Euro 92. Avant que Kostadinov n’empêche Papin et Cantona de déboucher les bouteilles de champagnes qui les attendaient dans les vestiaires pour fêter une qualification pour la « Word Cup 94 » qui n’arrivera jamais. Il faudra tout le travail et la patience d’Aimé Jacquet et de son staff pour que les Bleus réapprennent à gagner.

France 82

Déjà Liza...

A Laurent Blanc maintenant d’analyser la déroute, d’en tirer les bonnes conclusions, de permettre aux talents de s’exprimer (à commencer par Yoann Gourcuff). Lourde tâche que d’être vu comme un Sauveur…