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Real 58, Ajax 72, Bayern 74, Milan 89…et Barça 2011: il faut, peut-être, n’avoir comme seule ressource la chaîne ESPN Classic (diffuseur de « matchs de légende ») pour prendre véritablement la mesure de la chance qui est la nôtre de passer nos samedis soirs devant le Barcelone de Guardiola.

S’il est clair que les Blaugrana forment la meilleure équipe de ces 20 dernières années, certains experts commencent aujourd’hui à placer cette équipe sur le podium du siècle, voire même tout en haut de l’Olympe footballistique. Certes, manque-t-il peut-être au Barça une certaine puissance physique (rien à dire en revanche de leur condition physique, exceptionnelle) sur laquelle s’appuyaient pas exemple deux équipes auxquelles on compare souvent le Barça, à savoir l’Ajax de Cruyff et les Pays-Bas de l’Euro 88 (avec le fameux quatuor Rijkaard-Koeman-Gullit-Van Basten) – toutes deux entraînées par le géant Rinus Michels. Rien de tel dans ce Barça 2011, à l’exception peut-être de Puyol (seulement 1,79m!) et d’Abidal.

Pays-Bas 88

On a pu également regretter – de manière très minoritaire toutefois – le manque de variété dans le jeu proposé par les joueurs de Guardiola. Attaque placée, attaque placée, attaque placée. Rien d’autre. Il y a quelques mois encore, on vantait même la multiplicité des « cartes de jeu » du Real Madrid de Mourinho (attaque placée, contre-attaque, jeu en profondeur, débordement puis centre, etc.). Ok, c’est vrai: mais qui a pu résister aux combinaisons « attendues » du Barça? Le Real? 5-0, tu parles d’une résistance!

En fait, seule l’Inter de 2010, avec l’aide miraculeuse du volcan islandais (qui obligea les Barcelonais à faire un voyage très long de nuit en bus) et surtout Chelsea en 2009 (1/2 finales perdue à la 93e minute sur un but providentiel d’Iniesta). Moralité: tout le monde connaît -toujours identique- suivi par le manège barcelonais mais personne ne parvient à l’arrêter! Sur un rythme fou, magnétique, le Barça sidère ses adversaires. « Tic, Tic, Tac, tic: cette musique lancinante dont Xavi avait témoigné dans une interview mémorable paru l’hiver dernier dans l’Equipe (et qui vient d’ailleurs de recevoir le prix de la meilleure interview sportive de l’année). Tic, Tic, Tac, Tic, etc.

Métronome

 

Transition parfaite pour parler justement de « Tac-tic »! A mon sens, le match s’est joué sur la prestation de 3 joueurs: Rooney, Xavi et Messi.
Comme le soulignait la veille du match le brillant Jonathan Wilson, le joueur probablement le plus important dans la mécanique blaugrana est…Busquets. Busquets? Yes papiche! Busquet, catalan pur sucre (né à Sabadell), brise en effet les tentatives d’incursions adverses tout en imposant le tempo dans le jeu. Mi-destructeur, mi-maestro, il constitue la pierre angulaire du jeu barcelonais (à cet égard, la comparaison de Wilson avec le Makélélé de Chelsea est tout à fait pertinente). So, « Fergie » avait tout intérêt à congeler cette rampe de lancement, et le meilleur pour assurer ce rôle était sans aucun doute Wayne Rooney. Neuf et demi en perpétuel mouvement, le Kid d’Everton avait la charge délicate de canaliser Busquets et de l’empêcher d’amorcer le jeu barcelonais. Et Wayne a réussi. Auteur d’un but magnifique, symbole à la fois d’un grand talent et d’une abnégation sans pareil, il a grandement limité le champs d’activité de Busquets (73 passes réussies, contre 100 en moyenne cette saison en Ligue des Champions).

Makélélé 2011

Le seul hic est que, sir Sir Alex Ferguson est un bon tacticien, Guardiola n’est pas mal dans son genre lui aussi. Si Busquets n’y arrive pas…c’est Xavi et dans une mondre mesure Iniesta qui devront s’y coller en jouant un peu plus. Xavi réussit ainsi la bagatelle de 124 (124!!!!) passes réussies, bien au-delà de sa moyenne annuelle de 106 (98 contre 84 pour Iniesta). Xavi aura ainsi réalisé une partie absolument E-BLOU-ISSAN-TE. Il faut revoir encore et encore cet amour de passe pour Pedro sur le 1e but et la manière dont il attend que Vidic fasse un demi pas vers l’avant, vers le ballon, pour lancer à la seconde même son attaquant en profondeur. C’est beau à en pleurer.

Enfin, un mot sur Messi. Il a littéralement écoeuré ses adversaires. Pendant la première partie du match, cela n’eut pas de conséquences en termes de scores. Mais à partir du moment où Giggs et Park lui laissèrent quelques mètres sans marquage serrée, le match était plié. On le voit très bien sur le but (1’55 à 1’58 sur la vidéo): Giggs est un peu décalé à gauche, observe Messi en se replaçant. Trop tard. Une, deux, trois foulées, frappe, but. Classique: si le petit carré séparant le milieu de l’attaque barcelonaise n’est pas totalement contrôlé par l’équipe adverse, il y a 9 chances sur 10 que les lutins barcelonais trouvent la clé vers le but. Ajoutons que voir  Messi réaliser autant de prouesses sans se prendre pour le centre du monde (cf. Cristiano Ronaldo) est tout à son honneur. Mais quel joueur! Quel joueur!

Une dernière réflexion pour conclure: peut-être que ce Barça nous fait d’autant plus vibrer qu’il réalise, aujourd’hui, à l’ère de l’ultra-individualisme, une symphonie basée sur une idée presque révolutionnaire pour l’époque: l’individu doit se mettre au service du collectif. Candidat pour 2012?