Archives de la catégorie ‘Revue d’effectif’

Conclusion aujourd’hui de notre revue d’effectif. Après le petit préambule d’hier sur la particularité du poste d’attaquant, il est temps justement de s’attaquer à ceux qui composent l’équipe de France 2010…

Anelka: commencer par Anelka, c’est déjà pas anodin. Depuis 10 ans, la star de l’attaque française avait pour nom Thierry Henry. Aujourd’hui, le futur-ex Barcelonais n’est plus qu’un joker de luxe. En tout cas, depuis 3 matchs. L’occasion se présente (enfin) pour Nicolas Anelka de montrer qu’il mérite d’être le number 1.

Anelka, c’est un peu le Mylène Farmer du football. Un vrai talent, des fans inconditionnels et beaucoup d’autres dubitatifs, des comportements parfois étranges. Et j’oubliais quelques grandes sorties au Stade de France… Nico, comme Mylène, ne laisse pas d’étonner. Il n’est certes plus le joueur caractériel et hautain qui faisait la une des journaux parisiens et madrilènes. Mais on sent chez lui une forme de nonchalance, d’ennui même. Une réserve et un calcul dans ses efforts qui dénotent, comparés à l’investissement d’un Gignac ou d’un Cissé. Anelka, un gestionnaire du football…

Concernant son positionnement, j’ai des doutes. Non pas sur la qualité intrinsèque de ce joueur que Gérard Houllier présentait à la fin des années 1990 comme « le meilleur attaquant de sa génération ». Il faut se souvenir qu’après son doublé à Wembley en 1999, la presse et les spécialistes voyaient en « Nico » l’avant-centre que la France attendait depuis le déclin de Jean-Pierre Papin (PS: parce que Nicolas Anelka doit beaucoup à Mr Arsène, petite dédicace):

Anelka, le nouveau JPP (en plus rapide…)

Les débuts d’Anelka au PSG (lien)

Voilà ce qu’on pouvait lire ce matin dans Libération, sous la plume de Grégory Schneider:

Sur l’île de la Réunion, lors d’un entraînement public, Anelka s’est présenté seul devant Cédric Carrasso (…). L’attaquant n’a même pas eu à frapper: une feinte de corps et le portier bordelais est parti sur sa droite, laissant le ballon rouler lentement dans son but. (…) Anelka a souri. Cette feinte-là était le témoignage d’une classe gigantesque.

Rien à dire, c’est un crack. Mais un crack qui n’aime pas s’ennuyer. C’est sous cette angle qu’il me semble judicieux d’analyser ses derniers matchs avec le maillot bleu. Avec le repositionnement de Gourcuff plus bas, seul Ribéry est en situation d’alimenter régulièrement Anelka en ballons intéressants près du but (Govou ayant été transparent sur le plan offensif). Or le Bavarois a systématiquement cherché l’incursion individuelle, l’accélération en solo, tête baissée. Dès lors, le  n°39, agacé et n’aimant rien moins que patienter (son premier départ du PSG en était déjà le signe énonciateur…), décide de revenir chercher le ballon plus bas et prive les Bleus de toute profondeur.

A 17 ans, j’ai quitté ma province…

3 options sur la table:

1) Remplacer Anelka par Henry (dont l’entente technique avec Ribéry est bonne) ou par Gignac

2) Replacer Ribéry à droite et faire monter Malouda: celui-ci connaît bien les attentes de son partenaire à Chelsea et cherchera plus rapidement à le trouver dans l’intervalle.

3) Ne rien bouger, et prier…

Ribéry: C’est la grande interrogation. Va-t-il se mettre au diapason de ses partenaires? Va-t-il chercher au contraire à se mettre en avant, pour faire oublier ses derniers soucis, quitte à faire les mauvais choix? On verra bien. Mais ce qui est certain, c’est que Francky, compte tenu de sa saison en demi-teinte, a suffisamment d’essence dans le moteur pour enflammer cette Coupe du Monde.

Le choix de Domenech de placer l’ancien Marseillais « ailier gauche », qui était, ne l’oublions pas trop vite, la place réservée à Henry depuis des mois, était un signe fort envoyé au joueur: désormais, la star c’est toi. Prends les clés de cette équipe et amène nous  au bout du monde (Domenech aime beaucoup le théâtre…). Une vraie preuve de reconnaissance pour l’enfant de Boulogne-sur-Mer renvoyé du centre de formation de Lens à l’âge de 16 ans.

Me revient à l’esprit un article lu dans Libération il y a moins d’un an maintenant (je fais une pub incroyable à G. Schneider!!!), dans une période où les Bleus étaient en passe d’être éliminés et où Ribéry et Henry se battaient pour cette fameuse place à gauche. Après un match, Ribéry déclare devant les journalistes (je cite de mémoire): « On a réussi une belle prestation, on a été chercher la victoire. Titi a fait un bon match ». En clair: c’est désormais Ribéry qui met les bons et les mauvais points. Jamais jusqu’ici, un joueur ne s’était permis d’évaluer publiquement la performance du meilleur buteur français de l’histoire. Avec du recul, c’est sûrement de ce moment qu’il faut dater le début de la fin de « l’ère Henry », désormais plus intouchable.

Passage de pouvoir

J’imagine deux scénarios possibles pour Ribéry:
1) Soit il prouve qu’il est indispensable à gauche dès le match contre l’Uruguay et étouffe toutes les critiques sur le déséquilibre du jeu de l’équipe de France.

2)Soit se reproduit le schéma constaté lors des matchs de préparation et dans ce cas-là Ribéry rejoindrait l’UMP (la droite quoi…)

Cette deuxième option me semble d’autant moins improbable que « Raymond la provoc » a laissé entrevoir quelques signes « d’autorité » ces dernières semaines, soulignant sa volonté d’imposer sa vision des choses, quel qu’en soit le prix à payer. Mourir avec ses idées (enfin si on en a…).

Govou: C’est l’histoire d’un joueur qui a toujours été à un pas de la gloire, sans jamais véritablement l’atteindre.

Etape 1: Sydney the Kid! Après un doublé merveilleux contre le Bayern Munich en mars 2001, on se dit que ce petit-là va pas faire de vieux os sur les bords du Rhône.

(Vous avez droit au plus beau).

Mai 2010: Govou est encore obligé de passer ses soirées arrosées au Macumba Gerland. Triste…

2e étape: France-Italie. Nouveau doublé magnifique contre l’Italie cette fois. Manque de pot, il nous le plante en septembre, pour les qualif, et pas en juillet, pour la finale…

(A partir d’1 minute. Dédicace au regretté Thierry Gilardi).

3 étape: Juin 2010. Govou est titulaire dans le « 11 » qui prépare la Coupe du Monde. Mais alors que se présente l’occasion, la dernière probablement, d’exploser sur le plan international, Sydney sort trois matchs quelconques et se voit même concurrencer par Valbuena. « Petit vélo » qui n’a jamais joué jusqu’ici en équipe de France…

Je ne veux toutefois pas l’enterrer trop vite et ne pas lui reconnaître certaines qualités. Govou est un combattant et un travailleur. Aucune chance de le voir passif si son équipe est mené au score (à la différence d’un Anelka par exemple). C’est paraît-il , en outre, un chic type et un coéquipier agréable. So what? Peut-être que, dans les matchs tendus qui s’annoncent contre l’Uruguay ou le Mexique, un Sydney des grands soirs pourrait servir…

Publicités

Au tour, ce matin, de parler des « attaquants ». Avant le traditionnel examen particulier de nos « attaquants » (post de demain), quelques mots en guise de préambule sur le poste en tant que tel.

Il faut toujours être très prudent quand on parle des attaquants. Comme « Mémé » Jacquet, « j’ai un immense respect pour les attaquants » (pour l’avoir été dans ma jeunesse et être incapable de le demeurer aujourd’hui…).

Etre un attaquant, c’est accepter d’être « sous les feux de la rampe ». Un rapide détour par le site Expressio nous apprend que cette expression a pour origine les chandelles posées dans l’avant-scène des théâtres des XVII et XVIIIe siècle pour mieux éclairer les visages et les corps des personnages. A partir du XXe siècle, cette expression prend un sens plus général pour désigner les personnes qui passent dans la « lumière de l’actualité, en général pour une courte période. Un attaquant, un buteur (qui est l’incarnation la plus forte de la figure de l’attaquant), cherche la lumière, le coup d’éclat, ou tout du moins l’action décisive. Et il a conscience que sa gloire est temporaire, qu’il lui suffit d’être « muet » trois matchs consécutifs pour être fortement critiqué. Plus que tout autre joueur, l’attaquant a conscience que son sort tient à un fil, un poteau rentrant ou sortant par exemple…

Quoi qu’on en dise, un match se gagne en marquant. C’est tout  bête, mais c’est tout de même vrai. Un « 9 » pense toujours que l’issue du match dépend en bonne partie de lui. En réalité, ce n’est pas tout à fait exact. Mais c’est ce que tout le monde retiendra. La dernière campagne de pub de Nike « Write the Future », extraordinaire, souligne bien cela. Ce spot, réalisé par Alejandro Gonzalez (à qui l’on doit les films « 21 grammes » et « Babel »), est basé sur l’idée que marquer ou rater un but peut changer votre vie. Evidemment, pas si votre carrière se résume aux Urban Foot du lundi soir…La « mort », symbolique, ou la vie…

Un récent bouquin rappelle justement comment Robert Rensenbrink, le fabuleux ailier gauche hollandais des années 70, est passé à quelques mètres de la gloire en finale de la Coupe du Monde 1978. En frappant le poteau dans les arrêts de jeu de la finale Hollande-Argentine, il rate l’occasion de mettre un terme à ce match et de devenir le héros de tout un peuple, lui l’homme qui a vécu dans l’ombre de Johan Cruijff (absent de ce Mundial argentin pour contester la dictature du général Videla). Ce but aurait changé sa vie …et lui aurait permis de gagner la Coupe du Monde et le Onze d’or….

Est-ce qu'à l'époque il y a avait déjà les petites vignettes de joueurs?

(cf. vidéo, à partir de 2’55)

Cela me pousse à mesurer les avis trop péremptoires sur l’attaque des Bleus. Certes, elle ne connaît pas la forme de sa vie. En tout cas, sur les derniers matchs. Dans leur club, la saison n’a pas été facile pour tous. Henry? Il a seulement joué 21 matchs cette saison en Liga et n’a marqué que 4 malheureux buts. Gignac? Après une brillante saison l’an dernier, il a connu une année très difficile. Anelka? Il n’est pas pour rien dans le sacre de Chelsea. Cissé? Il a encore prouvé qu’il avait un mental de champion et un vrai talent de buteur.

Mais les chiffres et la réalité d’une saison ne disent pas tout, et ne présagent pas forcément de ce qui se passera au Mondial. Petit rappel historique classique: en 1998, les deux « renards des surfaces » français, Stépahen Guivarch et David Trezeguet, ont inscrit, respectivement avec Auxerre et Monaco, 21 et 18 buts (1e et 2e meilleur buteur de Division 1 (ancêtre de L1). En coupe du monde: 1 but à eux deux… en 2002, l’EDF comptait dans ses rangs le meilleur buteur de France (Cissé), d’Angleterre (Henry) et d’Italie (Trezeguet). Résultat de ce trio de feu? Aucun but marqué en phase finale et une élimination honteuse au premier tour.

Conclusion: avant de sortir les fusils, attendons un peu. La vérité d’un jour n’est pas toujours celle du lendemain. Rappelons-nous de Paolo Rossi. Absent des terrains pendant deux ans à la suite d’une suspension (il s’était rendu coupable du trucage du résultat d’un match), il est convoqué à la surprise générale par le sélectionneur italien Enzo Bearzot. Il finira meilleur buteur de la compétition (6 buts), l’Italie sera championne du monde. Et en bonus le Ballon d’Or 1982. Rien ne dit que les malheureux de cette saison pleureront pendant ce Mondial africain. Un buteur ne meurt jamais…

Bonjour! Goeiemôre! (c’est la même chose en afrikaans, l’une des onze langues officielles du pays).

Après la défense, début de l’analyse aujourd’hui de notre milieu de terrain. Objectivement, et sur la qualité intrinsèque des joueurs susceptibles d’y trouver place, c’est le point fort de l’équipe. J. Toulalan, L. Diarra (ah non, pardon…), A. Diarra (ah je savais bien qu’il y en avait un…), Y. Gourcuff, A. Diaby, F. Malouda, F. Ribéry, M. Valbuena, c’est pas au PSG qu’on verrait une telle équipe… La comparaison avec les autres secteurs de jeu renforce cette analyse: notre défense est chancelante et s’appuie sur des joueurs sur lesquels le doute est permis (cf. mon article de lundi https://lecoach2010.wordpress.com/2010/06/07/tour-dhorizon-de-nos-bleus-partie-1-la-defense/); notre attaque est quant à elle composée de stars en pré-retraite (la retraite, ça sera jouer aux USA…) ou sourd aux exigences tactiques (Anelka), et d’espoirs encore un peu limités (Gignac) (ça sera le thème de l’article de jeudi)

Au milieu, si l’on met de côté Yoann Gourcuff (et dans une moindre mesure Diarra) qui a connu une deuxième partie de saison compliquée, tous les autres joueurs ont brillé depuis janvier ou presque. Pourtant, les derniers matchs de préparation nous ont laissé un petit goût amer. Le sentiment d’être proche de quelque chose d’intéressant, mais sans y être tout à fait. Comme si un grain de sable empêchait la machine de fonctionner. Est-ce un problème tactique? Pas sûr (je reviendrai sur l’organisation tactique vendredi). En tout cas, ce n’est peut-être pas l’essentiel. Les choix de Domenech sont-ils les mieux adaptés à la situation? Pas sûr non plus. Il me semble que la relation entre le milieu et l’attaque pêche, et que la « bataille des égos » n’y est pour pas rien.

Toulalan: La pierre angulaire de cette équipe. Indispensable. C’est un peu l’Evelyne Dhéliat de l’EDF: tu crois qu’il sert à rien, mais sans lui t’es un peu dans la m…. C’est probablement le joueur que R. Domenech aurait le plus de difficultés à remplacer en cas de blessure. Il faut être honnête, ce n’est pas le joueur le plus brillant. Mais c’est sûrement le plus utile. Si Zidane pouvait faire le show à la Juve ou au Real, c’est aussi parce qu’il avait derrière lui Deschamps puis Makélélé (qui était souvent seul à ce poste en plus).

On parle souvent de « porteur d’eau » pour qualifier ce genre de joueurs dont les enfants que nous étions n’aimaient pas collectionner les cartes Panini ou Onze Mondial (Dédicace à Benj). Je me souviens  d’une interview de Didier Deschamps (dans So Foot, il y a un an environ, si j’ai bonne mémoire) où on lui demandait son avis sur cette expression qu’il a souvent entendue à son propos dans sa longue carrière. Didier, qui sait toujours « replacer » les gens, rappelait alors à son interlocuteur qu’il fallait quand même avoir un certain talent pour joueur à ce niveau et que les « 6 » avaient suivi la même formation, travaillaient autant (voire plus, ça c’est moi qui l’ajoute) que les autres joueurs. Cela s’applique parfaitement  la « Toul ».

(Ne me remerciez pas pour les musiques…)

Le seul petit bémol concerne le jeu de Toulalan dans la nouvelle organisation tactique. Sans Lassana Diarra, le Lyonnais pourrait être un peu seul pour contenir les incursions des milieux adverses. Même si Gourcuff et Malouda ont d’indéniables qualités, une association avec Diaby ou A. Diarra me semble plus raisonnable, dans l’optique d’une reprise du modèle Deschamps/Petit ou Makélélé/Vieira, soit deux milieux défensifs dont l’un capable d’orienter le jeu vers l’avant et d’apporter de la percussion en ouvrant des brèches.

Malouda: Il faut se souvenir des tacles assassins des commentateurs, à commencer par les « flingueurs » Jean-Mi Larqué et Pierre Menès, contre Malouda en 2008. A les entendre, la France aurait été grandement handicapée par la présence de l’ancien Gone dans les « 11 ». Ce que j’aime avec ces deux-là, c’est qu’ils sont toujours très mesurés et se montrent aussi courageux dans leurs critiques des « stars »… Et dire que Malouda faisait la pub pour les stages Larqué dans Onze Mondial (il y a participé plus jeune)…Ingrat, va! On se demande même parfois si ce ne sont pas des brouilles personnelles qui déterminent certains commentaires…(Ci-dessous une vidéo assez drôle qui résume la doxa anti-Malouda de l’époque)

Aujourd’hui, devenu déterminant à Chelsea, Malouda fait l’unanimité…Abattage physique énorme, vitesse, qualité de centre, « Flo » connaît la meilleure période de sa carrière. En club en tout cas. Il reste encore sous-utilisé en sélection. Ce n’est pas tant le travail défensif exigé par son poste actuel qui me gêne que le fait de voir son emprise sur le jeu considérablement réduite par l’omniprésent Ribéry. Qu’on se souvienne des une-deux entre Abidal et Malouda.

Aujourd’hui, de tels échanges sur le flanc gauche sont beaucoup moins fréquents, Ribéry monopolisant le ballon et fonçant tête baissée. Lors des matchs de préparation, l’apport de Malouda a été trop limité et même décevant compte tenu de son état de forme. Un repositionnement de Malouda plus haut, à la place de Ribéry (qui passerait au centre dans un 4-2-3-1 ou à droite), rééquilibrerait l’équipe et apporterait une plus grande diversité dans les phases offensives.

Gourcuff: Yohann Gourcuff serait-il victime du « syndrome  Ginola »? « Le syndrome Ginola »? C’est le prix à payer quand est on bon au foot ET beau dans la vie…David, aujourd’hui commentateur sur la magnifique chaîne télé ESPN Classic où il commente avec un certain talent les matchs de légende, avait certes un égo surdimensionné mais a également payé le prix des jaloux en tous genre. Son exposition médiatique déplaisait à certains qui, en retour, ont tout fait pour en faire un indésirable en France (championnat et EDF). Dommage pour nous…

Autre vidéo intéressante sur l’INA: http://www.ina.fr/media/entretiens/video/CAB95029355/foot-psg.fr.html

Quel rapport avec le fils de Christian? Ben, Yoann, nouvelle étoile du football français depuis son arrivée avec Bordeaux, agacerait certains cadres de la sélection. Henry et Ribéry, pour être plus clair. Plusieurs articles parus dans la presse (et d’abord sous la plume de l’excellent Grégory Schneider dans Libération) ont décrit les petites tensions nées de l’éclosion de Gourcuff. Evidemment, tout ça ne se fait pas au grand jour: Henry milite auprès de Domenech pour que Gourcuff ne tire plus les coups de pied arrêtés (ça sera le cas jusqu’aux matchs de préparation), on critique son absence d’influence réelle sur le jeu,  Gourcuff est peu sollicité par ses compères de l’attaque, etc. L’Equipe titrait hier  sur « le malaise Gourcuff » et pointait son « manque de caractère »:

« Quand Anelka décide de ne pas suivre ses trois premiers ballons en profondeur contre l’Espagne, il renonce et lui donne dans les pieds le quatrième, plutôt que d’imposer sa vision ».

A la course des égos, Gourcuff semble en effet être à la traîne. Ca me fait penser au dernier livre de l’économiste Daniel Cohen « La prospérité du vice »: les bons sentiments et les comportements louables ne sont pas toujours récompensés (petit exemple: si l’Européen est plus riche que le Chinois au début du XVIII s., c’est parce qu’il est sale. Le manque d’hygiène produit en effet un fort taux de mortalité et permet un partage des richesses entre un plus petit nombre. A l’opposé, les Chinois et les Japonais se lavent beaucoup plus régulièrement, vivent plus longtemps, sont plus nombreux et donc moins riches…)

Sur le plan du jeu, il est vrai que le Bordelais est capable de mieux. Mais il faut prendre en compte une donnée importante: on est toujours moins décisif à 50 mètres du but adverse qu’à 30… En reculant Gourcuff pour le placer à peine plus haut que Toulalan, le ex-futur (?) époux d’Estelle Denis le contraint à jouer plus bas et à toucher plus difficilement Anelka. Avec Gourcuff en relayeur, on gagne en terme de construction de jeu ce qu’on perd en orientation décisive devant le but. Il faut reconnaître au sélectionneur que ce choix ne manque pas de pertinence, ce d’autant plus que la moitié de la France du foot l’exigeait depuis un an…Gourcuff relayeur, c’est l’assurance de voir le jeu de la France davantage tourné vers l’avant, ce qui n’est pas un luxe vu les matchs qualificatifs 2008-2009.

Conclusion: Gourcuff demeure indispensable. Il peut apporter beaucoup en terme de fluidité dans le jeu et  sa qualité technique, son intelligence de placement  et sa détermination (ce qui ne court pas les rues de France….) sont des armes dont on aurait tort de se passer (je reviendrais sur le cas Gourcuff/Ribéry dans le cadre de l’analyse tactique de vendredi).

J’attends vos commentaires pour poursuivre le débat!

Demain: la suite du tourd d’horizon du milieu de terrain des Bleus.

La Coupe du Monde se rapproche et personne ne sait encore si Raymond Domenech nous refera une 2006 ou une 2008. Pour les novices (Salut Rubens!), arriver en finale (et la gagner, pourquoi pas?) ou être sorti au premier tour. Avant de revenir dans un prochain papier sur notre sélectionneur (qui, pour reprendre l’expression d’une de mes profs d’anglais, « a du avoir son diplôme dans une pochette surprise »), je ne résiste pas aux plaisirs d’ausculter  brièvement le profil des 15 joueurs avec qui nous allons passer notre début d’été (ou notre fin de printemps, ça dépendra…). Oui, 15 joueurs, parce qu’il est bien entendu que certains sont venus pour cirer le banc, faire des photos des paysages et apprendre quelques mots en sepedi ou tswana. Aujourd’hui, partie 1. La défense.

Une petite remarque préliminaire: sans défense, on ne gagne pas une Coupe du Monde. Rétrospective de ces 20 dernières années:

– L’Italie 2006 avait Buffon et Cannavaro au top (ce dernier finissant Ballon d’or);

Les Beaux gosses

– Le Brésil 2002 s’appuyait certes sur Ronaldo devant (et sa coupe incroyable. Cf. ci-dessous) mais doit une partie de sa victoire au fait de n’avoir pris qu’un but en phase éliminatoire (contre l’Angleterre (2-1);

La Coupe (1)

La Coupe (2)

– La France a vaincu grâce à ses défenseurs (impériaux en défense mais aussi buteurs décisifs: Blanc, Thuram et Petit (milieu défensif, il est vrai);

Les yeux dans les Bleus

– Le Brésil 1994 comptait en son sein le merveilleux Romario mais se distinguait surtout par une défense de fer (Jorginho, Aldaïr, Marcio Santos et Léonardo/puis Branco) et un milieu bétonné (Dunga, Mauro Silva);

J'ai joué aux Girondins...

– Enfin, l’Allemagne de Beckenbauer sélectionneur  doit sa victoire aux trois buts décisifs inscrits par le défenseur Andreas Brehme (en huitièmes, demi-finale et finale).

Andi Brehme plus fort que Völler

Conclusion: on peut gagner sans attaquant (Cf. Guivarch), on perd sans défenseur!

Lloris: Une anecdote lue dans Libé il y a quelques mois. Christian Jeanpierre, Monsieur « je-te-donne-envie-de-regarder-les-matchs-de-foot-sans-le-son-tellement-je-suis-nul », propose au gardien lyonnais de lui consacrer un reportage dans Téléfoot. On imagine bien la scène: Musique à tue tête en fond (style « Come with me »), suspens à deux balles créé de toute pièce pour laisser croire que Mandada pourrait lui piquer sa place, et titre évocateur: HUGO BEST, par exemple. Lourd à Téléfoot…. Lloris refuse plusieurs fois et finit par céder. Mais pose une condition: « ne me présentez pas comme le meilleur gardien au monde ».

Pourtant, il n’en est plus très loin. Il détonne Hugo dans le milieu des stars. Semble la plupart du temps jouer au foot comme on range sa boutique: avec minutie, sérieux mais sans passion. Simplement « faire le taf », sans se prendre la tête. Mais avec talent. Sauf à imaginer que Jalubani, le ballon de la Coupe du Monde, lui prépare de mauvaises surprises (une « catastrophe » selon Lloris), notre n°1 ne devrait pas nous planter.

Sagna: N’a sûrement jamais entendu parlé de Fachetti, Roberto Carlos, Thuram, et moins de Daniel Alves. Et Colleter, merde! Refusant de dépasser le rond central contre le Costa Rica ou la Chine, on le voit mal aller titiller le n°3 mexicain, argentin ou espanol. N’aie pas peur Bakary, ça n’existe pas les loups!

En fait, sa chance s’appelle Anthony. Anthony Réveillere. Avec un concurrent comme ça, c’est sûr qu’on peut être plus détendu…Le « Sagna France » étonne d’autant plus que le « Sagna Arsenal » rayonne. Alors que le premier est satisfaisant défensivement et très limité « offensivement », le Gunner déboule très régulièrement dans le camp adverse pour apporter le surnombre et créer des décalages. Encore une raison supplémentaire de regretter l’absence de Nasri…

Gallas: « Maman, j’ai mal ». Mollet gauche, mollet droite, accident de buggy, nausée. Comme dirait ma soeur, William « Cerfeuil », quand il n’a pas mal au c…, il a mal à l’oeil ». Non, sérieusement, on craint fortement que Gallas nous refasse une Desailly 2004. Une Desailly 2004? Ben, c’est comme une « Thuram 2008 », c’est le syndrome du Titanic: un gros navire qui vient s’exploser contre un iceberg (la Coupe du Monde, Diego Forlan, le temps). C’est vrai que, vu comme ça, il a un petit air de Léonardo…L’analyse de Lizarazu dans l’Equipe de vendredi dernier est assez juste (et venant d’un connaisseur, c’est à prendre en compte. Remember sa demi-saison à Marseille en  2004. Il a quand même perdu sa place au profit de Salomon Olembe et Koji Nakata!). Pour « Liza », compte tenu de l’état de forme de Gallas, la défense manque d’un « commandant », d’un type capable de driver ses coéquipiers, de contrôler le replacement, des choses que seul un défenseur central est en mesure de faire (Ex:Blanc, Desailly 1998/2000) « Will » he play?

Abidal: C’est l’histoire d’un commandant de l’air, expérimenté, qui a roulé pour les plus grandes compagnies nationales et internationales, un beau bagage d’expériences et même quelques récompenses. Le problème, c’est que ce type a pris la mauvaise habitude de s’oublier une minute par vol et qu’il n’est jamais loin de cracher son avion…On se demande dès lors en haut lieu s’il ne devrait pas plutôt rester « en bas », à surveiller tout ça depuis les écrans.

Je résume: Abidal, c’est un bon, mais sûrement pas en défense centrale. Faire une erreur quand on joue latéral, c’est problématique mais pas catastrophique: il reste encore à l’adversaire à venir se recentrer ou à trouver un partenaire démarqué dans l’axe. Par contre, quand on joue stoppeur, derrière vous, c’est la cage avec le seul gardien pour la protéger. Alors de deux choses l’une: soit Abidal devient le latéral gauche « bis », derrière Evra, soit il reste à côté de Gallas, et dans ce cas il risque de voir son « crash » passer en boucle dans toutes les télévisions du monde…

Evra: D’abord respect pour le capitaine. Porteur du brassard à Manchester United et en Equipe de France, ça dit quand même quelque chose. On l’a vu cette semaine longuement discuter avec Ray pendant l’entraînement, et vraisemblablement Evra n’avait pas l’air d’écouter sans réagir les conseils du sélectionneur. Côté état esprit, Evra, c’est donc du tout bon. Je pense même que retirer le brassard à Henry et Gallas, au-delà de l’état de forme de ces deux « tauliers », voulait dire autre chose: désormais, le pouvoir change de main. L’ère Henry arrive à son terme, et celle de Gallas se rapproche. La première ligne revient désormais à Evra et à Ribéry (on en reparlera plus tard).

Sur le plan purement footballistique, l’ancien Monégasque nous laisse encore un peu sur notre faim. Si on l’a vu monter un peu plus que de coutume pendant les trois matchs de préparation, on attend mieux de lui. On a tous en mémoire l’apport de « Bixente » dans le jeu des Champions du monde de 1998; même si leur profil sont très différent, on en attend pas moins de « Pat ». Attention également au replacement: le danger pourrait venir de ce côté si les « trois gauches » (Evra, Malouda et Ribéry), se découvrent trop, comme ce fut parfois le cas contre la Tunisie. Et on le sait depuis Jospin en 2002, une gauche divisée n’atteint pas le 2nd tour!