Brésil: pays d’Amérique du Sud synonyme de spectacle et de samba. Devise: joga bonito (jouer un beau football). Présidents successifs: Pelé, Garrincha, Tostao, Rivelino, Socrates, Zico, Ronaldo, Ronaldinho. Capitales: feintes de corps, dribbles, accélérations.

A l’aune de ces quelques repères, la Selecao de Dunga peut sembler, à première vue, plus proche de l’Europe que du continent sud-américain. C’est pourtant réduire le foot brésilien aux pubs Nike et aux compilations disponibles sur Youtube. Au pays de Pelé et de Vampeta (pardon chers supporters du PSG), l’approche du football en compétition internationale n’est plus tout à fait la même depuis qu’un certain Luis Fernandez s’est mis à courir dans le stade de Guadalaraja, après avoir marqué le tir au but qui renvoyait la Selecao de Zico (le « Pelé blanc ») à la maison. C’est peut-être une certaine idée du football comme spectacle total qui est un peu mort ce jour-là par la faute d’un futur animateur de RMC…

Les sélections brésiliennes de 82 et 86 ont été deux merveilleuses équipes à voir jouer. Mais comme nous l’ont souvent fait remarquer nos chères mamans , « la beauté c’est bien, mon fils, mais ça ne fait pas tout ». Pourtant si brillantes, la Selecao  est sortie par deux reprises assez tôt dans la compétition (deuxième tour en 1982, quarts de finale en 1986).  Des résultats très décevants quand on porte le maillot jaune et vert.

Ces deux traumatismes ont eu pour effet de modifier sensiblement la teneur du football proposé par les successives sélections brésiliennes. L’abandon du « football samba » ne fut certes ni abrupt ni définitif. Par à coup, les joueurs de la Selecao réaffirmèrent aux yeux du monde tout le potentiel créatif, artistique même, d’un sport qui rime toujours avec spectacles sur les plages de Copacabana. Mais bien qu’on y joue aussi avec des shorts, le stade n’a plus rien d’une plage pour les Brésiliens. La compétition appelle certes à bien jouer, mais à condition de gagner. Faut pas déconner, on n’est pas des Hollandais!!! Mieux vaut désormais un bon 1-0 bien moche qu’un 3-4 magnifique qui se termine par des larmes et des quolibets à l’aéroport de Brasilia… Rigueur défensive et impact physique: telles allaient devenir les deux nouvelles forces du Brasil. Un choc culturel pour beaucoup de supporters…

3 dates marquent ce nouveau chemin emprunté par les Brésiliens pour remonter sur le toit du monde: 1990, 1994 et 2010. 3 dates donc et un homme: Carlos Caetano Bledorn Verri. Caetano quoi? Bon, ok, Dunga pour les intimes. L’homme aux cheveux en brosse devient le nouveau visage du Brésil, besogneux, rugueux, dégueu… Cible de virulentes critiques dans son pays, Dunga apparaît comme le symbole de la déroute de la Selecao en 90, éliminée en huitièmes de finale (0-1 contre l’Argentine championne du monde en titre, avec l’expulsion du capitaine et futur Parisien Ricardo).

(Dunga, cheveux longs, cherchant à casser la cheville de Maradona à partir de 0’20)

Mais le Brésil ne changera pas. Et  c’est portée par ces mêmes principes – que Dunga a notamment eu le temps de perfectionner dans le temple de la rigueur défensive qu’est l’Italie (Fiorentina), que son équipe remporte la Coupe du Monde 1994. Certes, la sélection brésilienne compte alors dans ses rangs des artistes comme Romario. Mais ce n’est que l’arbre qui cache la foret: la Selecao, emmenée par Captain Dunga, est un monstre froid capable d’éclairs de génie, juste ce qu’il faut pour marquer un but et fermer la boutique.

Au cours de changement d’identité, de cette nouvelle prévalence accordée au « futbal de resultados » sur le « futball d’arte », tout ne fut pas bien sûr linéaire. Le Brésil 2006 fut à cet égard le meilleur exemple récent d’un retour d’une certaine conception brésilienne d’un football chatoyant et offensif. Au final, le Brésil est éliminé par…la France, toujours la même, avec cette fois-ci aux manettes Zidane et aux platines Luis (« Luis attaque »).

Aujourd’hui, les dernières prestations de l’équipe de Dunga (désormais sélectionneur, mais toujours autant décrié au pays) font d’elles le principal favori de la Coupe du Monde. Fruit du mariage de l’organisation défensive des Italiens et du flair génial carioca, la Selecao 2010 semble quasiment imprenable. Défendant systématiquement à 7, elle étouffe son adversaire et place des attaques fulgurantes où la virtuosité de ces attaquants (Robinho, Kaka, Luis Fabiano) font merveille. Le Chili, belle surprise de ce Mondial africain avec son jeu de passes élaboré, est tombé dans le piège. Très offensive dans les vingt premières minutes, la Rioja s’est vue administrer une vraie leçon de réalisme. 3-0, c’est dur et en même temps amplement mérité. Les joueurs de Bielsa se sont laissés aspirés et ont payé cash les « sorties à découvert » de leurs défenseurs (notamment Jara) qui, en essayant d’apporter le surplus numérique sur les offensives (les Chiliens attaquaient à 6 contre 7 Brésiliens en situation de défense), ont créé des espaces. Et qui dit espaces dit Robinho…

Buts du Brésil en 3D

L’affiche des quarts de finale Brésil-Pays-Bas promet donc d’être mémorable. Un choc entre deux sélections dont le beau jeu constitue l’ADN historique mais qui ne veulent plus désormais perdre sous les applaudissements du public…

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