Tour d’horizon de nos Bleus. Partie 1. La défense

Publié: juin 7, 2010 dans Revue d'effectif

La Coupe du Monde se rapproche et personne ne sait encore si Raymond Domenech nous refera une 2006 ou une 2008. Pour les novices (Salut Rubens!), arriver en finale (et la gagner, pourquoi pas?) ou être sorti au premier tour. Avant de revenir dans un prochain papier sur notre sélectionneur (qui, pour reprendre l’expression d’une de mes profs d’anglais, « a du avoir son diplôme dans une pochette surprise »), je ne résiste pas aux plaisirs d’ausculter  brièvement le profil des 15 joueurs avec qui nous allons passer notre début d’été (ou notre fin de printemps, ça dépendra…). Oui, 15 joueurs, parce qu’il est bien entendu que certains sont venus pour cirer le banc, faire des photos des paysages et apprendre quelques mots en sepedi ou tswana. Aujourd’hui, partie 1. La défense.

Une petite remarque préliminaire: sans défense, on ne gagne pas une Coupe du Monde. Rétrospective de ces 20 dernières années:

– L’Italie 2006 avait Buffon et Cannavaro au top (ce dernier finissant Ballon d’or);

Les Beaux gosses

– Le Brésil 2002 s’appuyait certes sur Ronaldo devant (et sa coupe incroyable. Cf. ci-dessous) mais doit une partie de sa victoire au fait de n’avoir pris qu’un but en phase éliminatoire (contre l’Angleterre (2-1);

La Coupe (1)

La Coupe (2)

– La France a vaincu grâce à ses défenseurs (impériaux en défense mais aussi buteurs décisifs: Blanc, Thuram et Petit (milieu défensif, il est vrai);

Les yeux dans les Bleus

– Le Brésil 1994 comptait en son sein le merveilleux Romario mais se distinguait surtout par une défense de fer (Jorginho, Aldaïr, Marcio Santos et Léonardo/puis Branco) et un milieu bétonné (Dunga, Mauro Silva);

J'ai joué aux Girondins...

– Enfin, l’Allemagne de Beckenbauer sélectionneur  doit sa victoire aux trois buts décisifs inscrits par le défenseur Andreas Brehme (en huitièmes, demi-finale et finale).

Andi Brehme plus fort que Völler

Conclusion: on peut gagner sans attaquant (Cf. Guivarch), on perd sans défenseur!

Lloris: Une anecdote lue dans Libé il y a quelques mois. Christian Jeanpierre, Monsieur « je-te-donne-envie-de-regarder-les-matchs-de-foot-sans-le-son-tellement-je-suis-nul », propose au gardien lyonnais de lui consacrer un reportage dans Téléfoot. On imagine bien la scène: Musique à tue tête en fond (style « Come with me »), suspens à deux balles créé de toute pièce pour laisser croire que Mandada pourrait lui piquer sa place, et titre évocateur: HUGO BEST, par exemple. Lourd à Téléfoot…. Lloris refuse plusieurs fois et finit par céder. Mais pose une condition: « ne me présentez pas comme le meilleur gardien au monde ».

Pourtant, il n’en est plus très loin. Il détonne Hugo dans le milieu des stars. Semble la plupart du temps jouer au foot comme on range sa boutique: avec minutie, sérieux mais sans passion. Simplement « faire le taf », sans se prendre la tête. Mais avec talent. Sauf à imaginer que Jalubani, le ballon de la Coupe du Monde, lui prépare de mauvaises surprises (une « catastrophe » selon Lloris), notre n°1 ne devrait pas nous planter.

Sagna: N’a sûrement jamais entendu parlé de Fachetti, Roberto Carlos, Thuram, et moins de Daniel Alves. Et Colleter, merde! Refusant de dépasser le rond central contre le Costa Rica ou la Chine, on le voit mal aller titiller le n°3 mexicain, argentin ou espanol. N’aie pas peur Bakary, ça n’existe pas les loups!

En fait, sa chance s’appelle Anthony. Anthony Réveillere. Avec un concurrent comme ça, c’est sûr qu’on peut être plus détendu…Le « Sagna France » étonne d’autant plus que le « Sagna Arsenal » rayonne. Alors que le premier est satisfaisant défensivement et très limité « offensivement », le Gunner déboule très régulièrement dans le camp adverse pour apporter le surnombre et créer des décalages. Encore une raison supplémentaire de regretter l’absence de Nasri…

Gallas: « Maman, j’ai mal ». Mollet gauche, mollet droite, accident de buggy, nausée. Comme dirait ma soeur, William « Cerfeuil », quand il n’a pas mal au c…, il a mal à l’oeil ». Non, sérieusement, on craint fortement que Gallas nous refasse une Desailly 2004. Une Desailly 2004? Ben, c’est comme une « Thuram 2008 », c’est le syndrome du Titanic: un gros navire qui vient s’exploser contre un iceberg (la Coupe du Monde, Diego Forlan, le temps). C’est vrai que, vu comme ça, il a un petit air de Léonardo…L’analyse de Lizarazu dans l’Equipe de vendredi dernier est assez juste (et venant d’un connaisseur, c’est à prendre en compte. Remember sa demi-saison à Marseille en  2004. Il a quand même perdu sa place au profit de Salomon Olembe et Koji Nakata!). Pour « Liza », compte tenu de l’état de forme de Gallas, la défense manque d’un « commandant », d’un type capable de driver ses coéquipiers, de contrôler le replacement, des choses que seul un défenseur central est en mesure de faire (Ex:Blanc, Desailly 1998/2000) « Will » he play?

Abidal: C’est l’histoire d’un commandant de l’air, expérimenté, qui a roulé pour les plus grandes compagnies nationales et internationales, un beau bagage d’expériences et même quelques récompenses. Le problème, c’est que ce type a pris la mauvaise habitude de s’oublier une minute par vol et qu’il n’est jamais loin de cracher son avion…On se demande dès lors en haut lieu s’il ne devrait pas plutôt rester « en bas », à surveiller tout ça depuis les écrans.

Je résume: Abidal, c’est un bon, mais sûrement pas en défense centrale. Faire une erreur quand on joue latéral, c’est problématique mais pas catastrophique: il reste encore à l’adversaire à venir se recentrer ou à trouver un partenaire démarqué dans l’axe. Par contre, quand on joue stoppeur, derrière vous, c’est la cage avec le seul gardien pour la protéger. Alors de deux choses l’une: soit Abidal devient le latéral gauche « bis », derrière Evra, soit il reste à côté de Gallas, et dans ce cas il risque de voir son « crash » passer en boucle dans toutes les télévisions du monde…

Evra: D’abord respect pour le capitaine. Porteur du brassard à Manchester United et en Equipe de France, ça dit quand même quelque chose. On l’a vu cette semaine longuement discuter avec Ray pendant l’entraînement, et vraisemblablement Evra n’avait pas l’air d’écouter sans réagir les conseils du sélectionneur. Côté état esprit, Evra, c’est donc du tout bon. Je pense même que retirer le brassard à Henry et Gallas, au-delà de l’état de forme de ces deux « tauliers », voulait dire autre chose: désormais, le pouvoir change de main. L’ère Henry arrive à son terme, et celle de Gallas se rapproche. La première ligne revient désormais à Evra et à Ribéry (on en reparlera plus tard).

Sur le plan purement footballistique, l’ancien Monégasque nous laisse encore un peu sur notre faim. Si on l’a vu monter un peu plus que de coutume pendant les trois matchs de préparation, on attend mieux de lui. On a tous en mémoire l’apport de « Bixente » dans le jeu des Champions du monde de 1998; même si leur profil sont très différent, on en attend pas moins de « Pat ». Attention également au replacement: le danger pourrait venir de ce côté si les « trois gauches » (Evra, Malouda et Ribéry), se découvrent trop, comme ce fut parfois le cas contre la Tunisie. Et on le sait depuis Jospin en 2002, une gauche divisée n’atteint pas le 2nd tour!

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commentaires
  1. Krief dit :

    Très bonne analyse..par contre je ne peux pas laissé passer le « on peut gagner sans attaquant cf Guivarch »…Un peu de respect pour le meilleur buteur du championnat depuis 2ans…combien de buts déjà?? 42…et aujourd’hui le meilleur vendeur de piscine de toute l’Yonne…

  2. John dit :

    Très bonne analyse de la défense de l’équipe de France.
    J’aimerais cependant donner mon point de vue sur certains points.
    -Certes Sagna monte moins qu’à Arsenal mais il ne doit surtout pas monté autant que dans son club!!!
    je m’explique la France a toujours été loin dans les grandes compétitions en ayant une bonne défense. Mais si on analyse de plus près la défense de 1998, de l’euro 2000 ou même de la coupe du monde de 2006, on remarque qu’il y a toujours eu qu’un seul latéral qui montait vraiment. En 98 et 2000, c’était surtout « Liza » qui montait mais il restait toujours un bloc de 3 défenseurs en l’occurrence Thuram, Desailly et Blanc, idem en 2000. Alors vous allez me dire que Thuram a marqué 2 but en demie final contre la Croatie. Certes mais ce n’était qu’un miracle qui prouvait simplement que « tout est possible dans le football ».
    En 2006, c’était la même chose mais de l’autre côté c’est Sagnol qui montait mais il restait toujours Thuram Abidal et Gallas. Je ne dis pas que Sagna ne doit jamais monter mais il ne peut monter autant qu’à Arsenal vu que de l’autre coté ce n’est pas un latéral gauche que l’on a mais un ailier gauche en la personne de Patrice Evra (qui est un excellent capitaine).
    Alors Bakary continue à ne pas trop monter et essayons de retrouver cette solidité défensive avec ce principe de 3 défenseurs restant en couverture.
    Enfin pour Abidal, nous avons peut être de la chance, il est possible qu’il ne débute pas la coupe du monde si sa douleur musculaire continue ce qui pousserait notre cher sélectionneur d’aligner « toto » qui avait réussi à museler Forlan lors de leurs dernières confrontations en coupe.
    Hasard de la vie, les français débute justement contre l’Uruguay Vendredi, de quoi nous éviter de regarder en direct le crash d’Abidal.
    Qu’en pense tu coach?

  3. Shay dit :

    Brovo Steeve!!!!
    Continu comme ca c’est super intéressant…
    Shay.
    PS: Tu crois que Hatem a une Rolex?

  4. lecoach2010 dit :

    Merci pour ces premiers chaleureux encouragements!
    Pour « Stéph », il est également commentateur des matchs les plus pourris diffusés par Canal…Mais je te rassure, « j’ai un immense respect pour les attaquants ».

    Pour Sagna, je ne partage que partiellement ton avis. Certes, en général, il y a une couverture à 3 en défense dans les phases offensives. Néanmoins, on ne peut pas dire que Sagnol ait été le seul à monter en 2006. Abidal avait réussi un beau Mondial et avait régulièrement soutenu le milieu gauche placé devant lui. C’était aussi le cas pour Thuram, sur certains matchs. J’ai encore dans la tête certains de ses débordements pour apporter le surnombre et solliciter des décalages.
    C’est pour cette raison que je ne pense pas que Sagna doive systématiquement s’interdire de franchir la ligne médiane. La déficience côté droit du jeu de l’équipe de France doit certes beaucoup à Govou, mais également à Sagna qui ne lui apporte que peu de soutien. Les attaques doivent passer alternativement par la gauche et la droite. En politique, on appelle ça la démocratie. Au football, l’équilibre.

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