« Ben Arfa-Sarkozy, même combat? » C’est ici que tout a commencé

Publié: juin 7, 2010 dans Portraits

En guise d’introduction, je publie sur ce blog mon premier article. Pour tout dire, j’espérais le voir dans So Foot, mais bon…Je crois qu’il donnera le ton de ce que j’entends vous proposer.


Et si Hatem avait lié son destin au Président de la République ? Et si Nicolas Sarkozy rencontrait, loin de la Commanderie, les mêmes dilemmes que l’ancien Gone ? Pour tout dire, la comparaison entre l’ex « grande étoile du football » (français, européen, mondial, intergalactique, etc.), et le « meilleur contre nous », ne saute pas aux yeux. Pourtant, derrière les costumes Dior et les maillots Direct Energie, les deux hommes ne sont pas si loin l’un de l’autre.

« On dit même qu’ils se ressemblent, Nicolas et… ». Dorothée, la papesse du siècle dernier, avait raison. Sarkozy/Ben Arfa, deux histoires voisines sans le savoir. D’un côté, le partisan du libéralisme et de l’individualisme qui l’accompagne. L’ex jeune coqueluche du RPR véhicule l’image du « self-made-man », gravitant les échelons de la politique par la force de son talent et de son abnégation. L’homme des coups d’éclat (sauvetage à l’américaine des enfants retenus en otage à Neuilly, victoire par KO en direct contre Le Pen et Ramadan) et des « sales coups » (Balladur/Chirac, lutte à mort contre de Villepin).

De l’autre côté, Hatem, brillant et égoïste, capable d’éliminer cinq joueurs à la suite avant de perdre le ballon sur une nouvelle tentative de petit pont. Le joueur dont rêvent les supporters et se méfient entraîneurs et coéquipiers.

Parfois 58 minutes disent l’essentiel d’une vie. Déjà, à son époque, Bruce Willis en avait fait la thèse centrale d’un blockbuster US. Pour Hatem, c’est plutôt décor minimaliste et titre à la con. « A la Clairefontaine », c’est l’histoire de petits garçons aux pieds d’or qui espèrent demain être aussi célèbres et riches que Zidane. Déjà, le petit génie se fait remarquer sur le terrain pour sa fantastique vista et son délicat toucher de balle. Mais Clairefontaine n’est pas Ploufragan, coin paumé où un certain Yoann démontre qu’il a l’intelligence de son père de coach et collectionne les trophées de « meilleur joueur »/ « meilleur camarade de classe » (record en cours). Hatem, génial meneur de jeu est en effet un vrai d’emmerdeur, le type avec lequel on évite de partager sa chambre d’internat. La fameuse dispute avec Abou Diaby et les remarques de ses formateurs, à commencer par le « hussard » Claude Dusseau, disaient d’ailleurs on ne peut mieux la personnalité du jeune Hatem. Un regard attachant mais une langue de pute.

L’amour du risque

Hatem a besoin de toucher physiquement son interlocuteur, sur le terrain comme dans le vestiaire, de  venir le chercher, de le provoquer. Comme Nico (cf. les brouilles avec la  chancelière « Angela », très peu sensible aux manières de son homologue français). Sans tomber dans l’analyse psychologique de comptoir, peut-être faut-il voir, dans ce souci d’affrontement, de confrontation, un besoin de domination, de puissance et, plus encore, un besoin de reconnaissance. Exister par les autres, à tout prix. Hatem est par excellence un joueur « one to one », un soliste hors pair, un dribbleur qui se délecte plus que tout d’un joli crochet, d’un passement de jambes, d’une feinte. S’amuser de l’adversaire, lui faire perdre tout sens de l’orientation, lui montrer qui mène la danse. On retrouve le même besoin chez l’ancien premier flic de France : défier le concurrent politique (de droite comme de gauche), chercher le moindre espace pour porter l’estocade, espérer le rapport de force pour s’assurer de la victoire (Pasqua, Chirac, Le Pen, Alliot-Marie, de Villepin) : tel est le triptyque en vogue à « Neuilly sa mère ».

«L’aaaaamour du risque ».  Cette musique de série télé, très eighties, a probablement bercé les après-midi du jeune Hatem. Jonathan et Jennifer Hart, et déjà l’amour du risque, de l’argent et du mouvement. L’interview de Ben Arfa dans le dernier So Foot est à cet égard très instructif. Extraits choisis : « Mon jeu c’est de créer du mouvement, du jeu, alors dribbler, c’est mon boulot. Il se trouve que ce boulot comporte des risques. (…) Mais toute ma vie je prendrai des risques ». « Ma façon de jouer, c’est une façon de voir la vie. (…) Si je n’avais pas été footballeur, je me serai débrouillé, j’aurais monté quelque chose. Peut-être même dans l’illicite, on n’en sait rien. Je ne peux pas être pépère, formaté ».

La vérité d’un joueur, la vérité d’un homme, en quelques phrases. Des phrases qu’il faut mettre en parallèle avec le portrait dressé par Alain Duhamel dans son essai sur La Marche consulaire de Nicolas Sarkozy : « Il (…) possède l’instinct de rupture et la passion du mouvement. Il (…) a également l’impatience et la nervosité, l’ambition, l’égocentrisme et parfois la démesure ». « Volontarisme (…), vitalité bouillonnante, passion risquée du mouvement et de l’initiative » : Ben Arfa Premier consul, ça a de la gueule…

Jusqu’ici tout va bien…

2007, en voilà une belle année pour la France. La cigarette devient un péché, Benji Castaldi présente la première de la trilogie « Secret Story », Tony Parker, concurrent déclaré de NTM, épouse une Desperate Housewives (« son premier love »), alors que Laure Manaudou fait connaissance avec le Pôle Emploi. Côté politique, c’est l’heure du réenchantement. Oubliée la crise de la démocratie, oublié JMLP au second tour, oubliée l’abstention qui explose depuis trente ans. Ségo et Sarko redonnent ses lettres d’or à la politique et passionnent la France d’en bas et d’en haut, presque réunies une fois n’est pas coutume.

Elu en mai, Sarko-Kennedy, jeune, marié à Cécilia-Jackie, se sent pousser des ailes. Pas étonnant dès lors de le voir, tel Superman, sauver des infirmières parentes de Iordan Letchkov, enfermées dans les geôles libyennes. Nicolas Sarkozy se plaît pendant la première année de son mandat à jouer au nouveau riche, à s’exposer sans pudeur, à donner dans l’hyperprésidence épuisante. Sur le plan économique, Sarko se fait le parangon du libéralisme thatchéro-reaganien, à coup d’allégements fiscaux bien choisis et de réduction des effectifs de la fonction publique. Milton Friedman plutôt que John Maynard Keynes.

Pour Hatem, tout s’annonce bien également. La saison 2007-2008 doit être celle de l’explosion et Ben Arfa, on en est sûr, va bientôt rejoindre Karim Benzema au firmament des étoiles lyonnaises. Mais pour celui qui adore arborer le numéro 10 ou le 92 (« Hauts-de-Seine represent »), la saison commence mal, même si personne ne semble y prêter attention. Le milieu offensif tombe sur un maillot floqué « Ben Arfa, 18 ». Un signe déjà. Le « 18 », le même number que celui d’un autre grand espoir déçu, Selim Benachour,  au sein d’une sélection tunisienne que Ben Arfa choisira de ne pas rejoindre. Bad beat…

Après Houiller, c’est désormais Perrin qui se lasse rapidement de l’irrégularité du prodige, de ses provocations de gamin et des tensions qu’il fait naître dans le vestiaire. Malgré plusieurs performances de très haut niveau (notamment en avril au Vélodrome) et le titre du meilleur espoir UNFP, le talent d’Hatem Ben Arfa, incontestable, ne suffit pas à lui assurer un statut d’intouchable, sur le modèle de son ennemi intime, Karim « Benzebut ». Direction donc la Canebière où le remplaçant de Nasri est attendu comme le futur Zidane. Première année moyenne, quelques buts, quelques « passe dess », quelques engueulades avec le boss Gerets. Du Ben Arfa tout craché.

Anhatem

Et c’est là, une nouvelle fois, que la route du numéro 10 va croiser celle du numéro 1 de l’Elysée.  2009 sera l’année de la crise et de la remise en question. Les Chinois célèbrent l’année du buffle et Sheryfa Luna cartonne à l’Olympia. Une année de merde, c’est sûr.

Au programme pour « Nicolas et Hatem », sondages en berne et cirage de banc. Pour le natif de Clamart, c’est l’arrivée de Didier Deschamps qui va tout faire gicler. Plus d’excuses, Hatem est prié de devenir un adulte, un soldat de l’armée de la Desch’. Et quand on connaît la poigne de l’ancien capitaine des champions du monde, on se dit que Ben Arfa va devoir aller proposer ses grigris sur un autre port. Pour el presidente, c’est la crise financière qui le contraint à revenir sur les engagements de campagne. Le fameux « Travailler plus pour gagner plus » rejoint les « 110 propositions » et la « lutte contre la fracture sociale » dans le cimetière des promesses non tenues.

Commence alors pour le numéro 10 olympien (le « syndrome Benachour » a été évité en début de saison, sur l’insistance du joueur) un processus de lente maturation. Une puberté intellectuelle à 22 ans. Alors que Sarkozy redécouvre les vertus du modèle social français, Ben Arfa découvre que lâcher la baballe, c’est bien aussi. Tandis que le maître du Château rencontre Jean-Paul Fitoussi, Joseph Stiglitz et Amartya Sen, pourfendeurs du libre-échangisme non régulé, le Marseillais se résout au replacement défensif et au marquage à la culotte. En somme, Nicolas et Hatem découvrent les vertus du collectif.

Résultats ? Hatem Ben Arfa est en passe de re-re-re-devenir le fuoriclasse le plus en vogue de la Ligue 1 et les best of de ses prestations font de nouveau le buzz sur YouTube et Dailymotion. Enfin, quand il joue…Après avoir enchaîné les bons matchs et les buts en février et mars, Ben Arfa est à nouveau condamné à taper la discute à Laurent Spinosi les soirs de match depuis le début du mois. Et 140 minutes – son temps de jeu depuis le 7 avril – c’est un peu court pour laisser exprimer son talent.  Payant le prix de la hype Valbuena et de la volonté de DD de muscler le jeu d’une équipe qui a parfois semblé proche de la rupture en fin de saison (le travail de sape de Brandao devenant dès lors indispensable), Ben Arfa attend son heure. Mais peut-être n’est-ce qu’une question du temps. Le mois d’avril, c’était le grand retour de Dorothée à l’Olympia. Le retour des vieux démons…

Pas du voyage en Afrique du Sud, ce joueur, trop tôt starisé, cherchera bientôt un nouveau point de chute. Cherif Ghemmour, toujours dans le dernier So Foot, lui conseillait de rejoindre Christian Gourcuff ou Jeannot Fernandez pour terminer au calme sa formation, pour renaître patiemment. Juste pour voir ça de nos yeux, on finirait par supporter Auxerre…

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commentaires
  1. Judith dit :

    Magnifique! quel talent d’écriture! c’est intelligent et drôle! Enfin un blog qui apporte un brin de nouveauté et de fraîcheur dans un univers de foot!!
    Bravo!

  2. John dit :

    Je comprends pas que cette article ne soit pas dans so foot
    it s so géniall

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